Vous ouvrez la trappe du grenier et vous tombez sur de petits excréments sombres éparpillés entre les cartons. Première réaction : souris ou autre chose ? La distinction entre crottes de loir et crottes de souris change tout, depuis le nettoyage jusqu’à la méthode d’intervention autorisée. Le loir gris bénéficie en France d’un statut d’espèce protégée, ce qui rend toute erreur d’identification lourde de conséquences.
Signature sonore et localisation : le premier tri avant d’examiner les crottes
Avant même de regarder les excréments de près, l’endroit où vous les trouvez fournit un indice décisif. Le loir gris vit en hauteur : combles, poutres apparentes, dessus d’isolation. Il grimpe, dort dans les recoins chauds et laisse ses déjections sur des surfaces surélevées.
La souris domestique, elle, circule plus bas. Ses crottes apparaissent le long des plinthes, dans les placards de cuisine, derrière le réfrigérateur, près des points d’eau. Si vous trouvez des excréments au sol dans une pièce de vie, la piste souris est bien plus probable.
L’oreille complète l’observation. Le loir produit des sifflements, des grognements et des bruits de course rapide dans les combles, surtout la nuit. La souris se signale par des grattements légers et des trottinements dans les cloisons ou sous les planchers. Des sifflements dans les combles orientent vers le loir, pas vers la souris.

Forme et taille des crottes : loir, souris et rat comparés
Vous avez repéré la zone. Maintenant, sortez une lampe et observez la forme des excréments. C’est le critère le plus fiable pour distinguer ces rongeurs.
Crotte de loir gris
Elle ressemble à un petit boudin cylindrique, lisse, de couleur noire ou brun foncé. Ses deux extrémités sont arrondies. Sa taille se situe entre celle d’une crotte de souris et celle d’un rat.
Crotte de souris
Plus petite, elle évoque un grain de riz allongé. Les bouts sont légèrement pointus. La surface est granuleuse au toucher, jamais vraiment lisse.
Crotte de rat
Nettement plus grosse, avec des bouts pointus (rat noir) ou arrondis mais épais (rat brun). Elle dépasse largement la taille des deux précédentes. La confusion avec le loir est rare si on tient compte du diamètre.
Voici un récapitulatif pour poser un diagnostic rapide :
- Extrémités arrondies et surface lisse : loir gris, surtout si les crottes sont trouvées en hauteur dans les combles ou sur des poutres
- Forme de grain de riz, bouts pointus, surface granuleuse : souris domestique, généralement au sol ou dans les meubles bas
- Taille supérieure à un centimètre, bouts pointus ou épais selon l’espèce : rat noir ou rat brun, souvent près des canalisations ou dans les caves
Crottes fraîches ou anciennes : évaluer si l’infestation est active
Trouver des excréments ne signifie pas forcément qu’un animal occupe encore les lieux. La fraîcheur des crottes donne une indication directe sur l’activité en cours.
Une crotte fraîche de souris ou de loir est molle, brillante, d’un noir profond. Écrasée avec un objet (pas à mains nues), elle se déforme facilement. Des crottes molles et brillantes signalent une présence active.
Une crotte ancienne est sèche, cassante, grisâtre. Elle s’effrite sous la pression. Si vous ne trouvez que ce type de déjections et aucun autre signe (bruits, odeur, traces de grignotage), l’animal a peut-être quitté les lieux.
L’odeur constitue un indice complémentaire. L’urine de souris dégage une odeur forte et musquée, reconnaissable même en petite quantité. Celle du loir est moins marquée mais accompagne souvent des dégâts visibles sur l’isolation thermique, que l’animal déchiquette pour se faire un nid.

Loir gris : une espèce protégée qui interdit la dératisation classique
C’est l’angle que beaucoup de guides oublient de mentionner. Si votre diagnostic pointe vers le loir gris, vous ne pouvez pas simplement poser des pièges létaux ou des appâts empoisonnés comme pour une souris.
Le loir gris est protégé en France, ce qui signifie que les pièges à mort et les rodenticides sont interdits pour cette espèce. Une intervention inadaptée peut entraîner des poursuites au titre des atteintes aux espèces protégées.
La bonne approche face à un loir dans les combles repose sur la gestion non létale :
- Identifier et obturer les points d’entrée une fois l’animal sorti (il quitte le grenier la nuit pour se nourrir)
- Installer des dispositifs de capture vivante si une intervention directe est nécessaire, puis relâcher l’animal à distance
- Contacter un professionnel qui connaît le cadre réglementaire, car une dérogation peut être requise dans certains cas
- Ne jamais utiliser de poison : au-delà de l’illégalité, un loir mort dans l’isolation crée un problème d’odeur persistant pendant des semaines
Pour la souris, en revanche, le traitement relève d’une dératisation classique : pièges mécaniques, appâts sécurisés, colmatage des accès. Aucune restriction réglementaire particulière ne s’applique.
Autres indices pour confirmer le diagnostic
Les crottes seules ne suffisent pas toujours. Croiser plusieurs signes renforce la fiabilité de l’identification.
Des traces de grignotage sur les gaines électriques ou les matériaux d’isolation orientent vers le loir, qui cause des dégâts matériels souvent plus importants que la souris dans les combles. La souris, elle, grignote plutôt les emballages alimentaires, le carton, le papier.
Des traces de graisse le long des parcours habituels trahissent la souris : son pelage huileux laisse des marques sombres sur les surfaces qu’elle frôle régulièrement. Le loir, qui circule en hauteur et emprunte des chemins moins répétitifs, laisse rarement ce type de traces.
Si vous repérez des nids faits de mousse, de feuilles ou de fibres d’isolation dans les combles, c’est un signe fort de présence du loir. La souris construit aussi des nids, mais avec des matériaux plus fins (papier déchiqueté, tissu) et dans des endroits bas ou protégés.
Un bon diagnostic repose sur le croisement de ces éléments : localisation des crottes, forme, fraîcheur, sons nocturnes, type de dégâts. C’est cette combinaison qui permet de choisir la bonne méthode d’intervention sans risque juridique ni écologique.


