Multiplier les abris de jardin sur un même terrain, c’est un peu comme vouloir jouer aux échecs alors que le plateau change de forme à chaque mouvement. Un simple projet de rangement peut vite virer au casse-tête administratif. Pierre, par exemple, se voyait déjà maître des outils et des vélos, mais a découvert une véritable jungle de règles et de démarches. Un cabanon, passe encore ; le deuxième, lui, attire soudain tous les regards… y compris celui de l’urbanisme.
Surface, retrait par rapport à la clôture, paperasse obligatoire : chaque détail compte, et la moindre erreur peut coûter cher. On imagine rarement que deux modestes constructions en bois ou en métal suffisent à déclencher l’alerte au service urbanisme de la mairie. Avant de rêver à l’organisation parfaite de vos affaires, il faut d’abord apprivoiser la réglementation qui encadre ces doubles installations.
Deux abris de jardin sur un même terrain : ce que dit la loi
Le plan local d’urbanisme (PLU) ne laisse pas de place à l’improvisation : chaque projet s’évalue d’abord sur la base de la surface totale occupée au sol. Peu importe l’emplacement, côte à côte ou dispersés, le calcul additionne systématiquement les mètres carrés des deux abris. Le fameux seuil des 20 m² ne s’applique jamais à chaque cabanon pris séparément, mais à la somme. Deux abris de 11 m² ? Voilà déjà la barre franchie, et les obligations qui changent de nature.
La réglementation nationale ne tolère pas d’approximation. Selon la surface cumulée, les démarches administratives varient nettement :
- Si la surface totale ne dépasse pas 5 m², aucune formalité à remplir : l’installation se fait librement.
- Entre 5 et 20 m², la déclaration préalable devient incontournable. Direction la mairie avec les documents requis.
- Au-delà de 20 m², le permis de construire prend le relais. L’instruction est plus longue, le contrôle aussi.
Le PLU peut ajouter d’autres contraintes, parfois bien plus strictes. Certaines communes fixent un nombre maximum d’abris ou imposent des distances minimales avec les voisins et la rue. L’idée : éviter la prolifération anarchique des cabanons et préserver une certaine cohérence dans le paysage. Impossible donc de croire qu’une double installation passerait inaperçue, surtout en zone résidentielle ou près de bâtiments classés.
Un projet qui ne respecte pas les règles peut coûter très cher : démontage forcé, amende, obligation de remettre le terrain à nu. Les services d’urbanisme n’hésitent plus à vérifier, notamment en secteur sauvegardé ou à proximité de sites historiques.
Quelles démarches administratives pour éviter les mauvaises surprises ?
Installer deux abris sur son terrain ne se limite pas à choisir un modèle ou comparer des prix. Dans la plupart des cas, la mairie devient un passage obligé. Dès que la surface totale franchit le seuil des 5 m², la déclaration préalable de travaux s’impose. Plans, description détaillée, attente de la réponse : impossible de s’y soustraire.
- Pour une surface totale comprise entre 5 et 20 m², il faut déposer une déclaration préalable via le formulaire Cerfa 13703*08, accompagnée de tous les plans. La mairie a un mois pour statuer.
- Si le cumul dépasse 20 m², c’est le permis de construire qui s’applique, avec un délai d’instruction pouvant atteindre trois mois selon la localisation.
Dès lors que la surface additionnée des abris dépasse 5 m² et que la hauteur intérieure atteint 1,80 m, la taxe d’aménagement entre en jeu. Son montant varie d’une commune à l’autre, mais aussi en fonction des spécificités locales ou patrimoniales. Lorsque l’on est en secteur protégé, l’avis de l’architecte des bâtiments de France (ABF) devient parfois obligatoire : il faudra alors soigner le dossier, notamment sur les matériaux et les teintes retenues.
Mieux vaut anticiper que de devoir régulariser après un contrôle : les frais augmentent vite, entre pénalités, délais et chantiers à l’arrêt. Prendre les devants sur les démarches, c’est éviter bien des déconvenues et sécuriser son projet.
Implantation, distances et surface totale : les points de vigilance à connaître
Poser deux abris sur la même parcelle ne s’improvise pas. Chaque commune impose ses propres distances à respecter, et l’écart obligatoire avec la clôture varie souvent entre 3 et 5 mètres. Installer ses abris au hasard, trop près de la limite, revient à s’exposer à une mauvaise surprise lors d’un contrôle.
- La distance minimale à la limite de propriété oscille généralement entre 3 et 5 mètres, mais le règlement local peut être plus strict. Mieux vaut vérifier avant de lancer les travaux.
- La surface d’emprise au sol se calcule en additionnant les surfaces de chaque abri, ce qui détermine les formalités et la taxe éventuelle.
La hauteur ne doit pas être négligée. Dès que l’on dépasse 12 mètres (rare pour un abri de jardin, mais la règle existe), le permis de construire devient obligatoire. Dans les zones protégées, ce seuil peut descendre. Un passage à la mairie ou la consultation du PLU évite les erreurs.
| Élément | Seuil réglementaire |
|---|---|
| Distance aux limites | 3 à 5 m |
| Surface totale (m²) | 5 m² : pas de formalité5 à 20 m² : déclaration préalable+ de 20 m² : permis |
| Hauteur maximale | 12 m |
Le calcul de la surface d’emprise au sol est simple : il suffit de mesurer l’aplomb des murs extérieurs de chaque abri et d’additionner le tout. Mais attention : dans les quartiers denses, d’autres règles peuvent s’ajouter. Réseaux enfouis, accès de secours, arbres classés… Un doute ? Un passage à la mairie ou l’avis d’un urbaniste permet d’y voir plus clair.
Des conseils pratiques pour un projet conforme et harmonieux
Pour que deux abris de jardin trouvent leur place sans créer de dissonance, la cohérence esthétique doit primer. Matériaux, couleur, architecture : l’harmonie entre les deux structures facilite l’accord de la mairie, surtout si le projet se situe à proximité d’un site protégé ou sous surveillance du service d’urbanisme. Un duo composite, par exemple un abri en PVC blanc à côté d’un autre en bois foncé, risque de compliquer l’examen du dossier.
Voici quelques réflexes utiles à adopter pour un projet abouti :
- Réfléchissez à la fonction de chaque abri : atelier, rangement, serre… Selon l’usage, des démarches complémentaires peuvent être nécessaires.
- Préparez un plan d’implantation détaillé, mentionnant toutes les distances et emprises. Ce document sera systématiquement demandé lors du dépôt du dossier.
- Pensez à la gestion des eaux de pluie : gouttières, dispositifs de récupération ou tranchées peuvent éviter bien des conflits de voisinage liés au ruissellement.
Choisir des modèles modulaires apporte de la souplesse : un abri peut évoluer, changer de fonction, s’agrandir ou être transformé selon vos besoins ou la réglementation qui évolue.
Un dernier conseil : évitez d’installer vos abris trop près des arbres. Racines envahissantes, feuilles mortes et mousses compliquent l’entretien. Prévoyez un accès facile pour que chaque abri reste vraiment utile et ne devienne pas un espace oublié derrière une haie.
Deux abris de jardin bien pensés, c’est un espace optimisé, des rangements à portée de main et un terrain qui conserve tout son caractère. À chacun d’imaginer l’équilibre idéal, tout en gardant un œil sur la règle du jeu. Après tout, sur ce terrain, chaque case compte.



